Biennale d’art contemporain de Lyon

Se tient dans le nouveau musee d’art contemporain construit recemment par Renzo Piano a Lyon la troisieme biennale d’art contemporain. La premiere du genre fut consacree en 1991 a l’art francais, la deuxieme en 1993 <<convoquait l’Avant-garde et insistait sur l’importance de l’engagement artistique>>. La troisieme biennale annonce clairement l’orientation unilaterale de la manifestation: presenter des oeuvres sur support film, video et a base d’appareils informatiques. Soixantetrois artistes internationaux ont ete invites a presenter des installations ou des travaux informatiques. <<Cette biennale, affirmeront les commissaires Thierry Raspail, Thierry Prat et Georges Rey, s’interesse a l’image mobile et presente le meilleur de l’art s’appropriant d’une maniere ou d’une autre, le recit cinematographique, la culture de la video et la pratique de l’informatique.>>

Cette manifestation tente de montrer de maniere panoramique l’etat de la creation dans le domaine des techniques reproductibles de 1963 a nos jours. Deux sections se partagent cette biennale. L’une se voulant historique presente des oeuvres des debuts a nos jours: les premiers detournements de Nam June Paik (1963), des TV-Decoll/ages de Wolf Vostell (1963) juxtaposes a des performances/environments de Dan Graham, Vito Acconci et Bruce Nauman (1969 a 1993). Font partie de la meme histoire, Piotr Kowalski et ses quatre Time Machines (1969 a 1995), Woody et Steina Vasulka et leur machine de vision (1976), Michael Snow et la celebre installation De La (1969-1972), Bill Viola et un dispositif en circuit ferme He Weeps for You (1976), Gary Hill et une installation recente <<interactive>> [quatre moniteurs presentes dans leur fly case sur roulettes proposent un montage rapide d’extraits de video tire de Solstice d’hiver (1995)], etc. Cette premiere enumeration non exhaustive indique la diversite du parti pris qui, meme s’il se veut mettre en evidence les thematiques du corps et de la machine, propose sans hierarchie des performances devenues installations pour la bonne cause, des travaux techniques de pionniers: une histoire certes mais sans cheminement. Des artistes paraissent avoir ete choisis pour la place qu’ils occupent dans le developpement d’un medium. Ils sont toutefois presentes ici par une installation recente qui n’apporte aucun argument a l’histoire de ce medium (Nam June Paik, Gary Hill, Joan Jonas). On peut s’interroger, consequemment, sur les raisons de l’existence de cette histoire…

La section contemporaine presente des artistes, chacun dans sa <<boite noire>>, qui dans d’autres circonstances auraient ete historiques tels Orlan, Tony Brown, Tony Oursler, George Legrady, Sterlac, etc. Elle propose egalement un panorama etendu d’artistes travaillant les nouvelles technologies tels Paul Garrin, Toshio Iwai, Laurent Mignonneau et Christa Sommerer, Jon Kessler, etc. Les travaux ont ete selectionnes selon les commissaires pour leur <<magie, leur interet pour le corps, l’identite, la prothese, le renouvellement perspectif des manieres de voir>>. Une autre serie d’oeuvres a ete choisie parmi la jeune generation de plasticiens utilisant le support video parmi bien d’autres, tels Marie-Ange Guilleminot, Douglas Gordon, Stan Douglas, Carsten Holler, Cheryl Donegan, Pierre Huyghe, Claude Closky, etc. Chacun de ces artistes a recuun nombre equivalent de metres carres plus ou moins obscurs dans lequel il avait la possibilite de rajouter des sieges pour eventuellement faire salle de cinema. Il n’est represente que par une seule oeuvre. Deux points paraissent importants a souligner dans cette generation d’artistes. D’un cote, ce desir de reconsiderer le contexte de presentation des oeuvres et les conditions de reception par le spectateur. (La salle de cinema, meme si de nombreux artistes retravaillent a partir d’archives cinematographiques, n’est pas pour autant le lieu ideal de monstration. Les artistes d’aujourd’hui preferent des lieux autres, a connotation plus sociale, tels un cafe, un bar, un parking, un grand magasin, etc.) De l’autre, la reemergence du narratif. Non pas le narratif lineaire obligeant le spectateur a une vision figee, mais le narratif permettant au spectateur de <<monter>> sa propre fiction. Il parait des lors difficile de comprendre l’absence dans cette manifestation de James Coleman, d’une part, et de Jean-Luc Godard, d’autre part.

De grandes expositions ont marque dans les annees quatrevingt l’histoire de l’art en proposant des panoramas d’oeuvres a base de techniques reproductibles. <<The Luminous Image>> au Stedelijk Museum d’Amsterdam, <<Video Skulptur>> au Kunstverein de Cologne, <<Passages de l’image>> au Centre Georges Pompidou, <<Signs of the Time>> au MoCA a Los Angeles ont fait le point sur ce type d’oeuvres en proposant d’ors et deja des connections avec les arts plastiques en general. Dans les annees quatrevingt-dix, apres les diverses biennales du Whitney et les expositions monographiques consacrees a de nombreux artistes exposes ici, il aurait semble necessaire de dessiner un projet eclaire tant par l’experience de toutes ces manifestations et de la theorie qui les ont entourees, d’une part, et de tracer les perspectives des annees a venir en faisant precisement surgir les concepts sous-jacents a des ensembles d’oeuvres, d’autre part. Certes les nombreux travaux a partir d’archives permettent de noter la permanence de la memoire. Celle-ci n’a-t-elle toutefois pas toujours ete sous-jacente a ce type d’oeuvres (Vito Acconci, Dan Graham, Jean-Luc Godard, James Coleman, Victor Burgin, Antonio Muntadas, etc.)? Une omnipresence de la narration aurait necessite un ancrage de ce theme dans la section historique et des rapprochements avec le cinema contemporain.

Cette manifestation semble etre a la recherche d’un statut, hesitant entre l’exposition historique (sans toutefois sembler prendre le temps necessaire a ce type de projet) et la biennale dessinant les tendances a venir, sousentendues par un ou plusieurs concepts forts.

Un catalogue papier qui presente les memes caracteristiques que la manifestation et un CD-Rom accompagnent la Biennale. Le CD-Rom realise par Jean-Louis Boissier pour la Reunion des Musees Nationaux parait etre l’un des catalogues hypermedia les plus appropries a ce type de manifestation. Il laisse en effet la parole a chaque artiste, presente l’oeuvre exposee ainsi qu’une selection d’oeuvres anterieures et quelques citations de textes sur la demarche de l’artiste. Le rapport qui s’etablit entre le texte (aux dimensions adaptees au support) et l’image fixe et en mouvement semble avoir trouve ici un juste equilibre.